Le club Africain, chronique d’une déchéance annoncée !

Le club Africain (CA), club presque centenaire, fleuron et icône du sport tunisien, n’est plus aujourd’hui qu’un bastion à la croisée des chemins, naviguant à vue, sans guide ni boussole ni horizon. Son large public, son peuple, dont la fidélité n’a jamais fait défaut, est soumis chaque jour à un coup de théâtre, un cirque des ombres qui n’en finit pas. Une frange de son public, en quête d’une certitude loin d’être acquise, a cru que les clubistes se sont réapproprié leur club au terme d’une Assemblée Générale Elective, plus houleuse que consensuelle, plus exténuante que jamais, de mémoire clubiste. Le CA est certes arraché des griffes de Slim Riahi. Loin s’en faut. Le CA n’est pas revenu au giron de ses enfants, mais bien revenu sous la coupe de l’insondable “Makhzen” et son maitre d’œuvre, à savoir Hamadi Bousbiaâ.

Le CA n’a pas quitté sa posture d’otage, toujours sous la main basse d’un homme, coincé entre le marteau financier et l’enclume politique. Un étalon pur-sang, devenu cheval de bataille sinon tocard de service, n’a fait que quitter l’écurie de Slim Riahi, un homme têtu, égocentrique et fantasque, pour entrer dans l’étable de Hamadi Bousbiaâ, proclamé “père spirituel” et homme incontournable, qui à l’antichambre a tiré toutes les ficelles. En demandant et obtenant le retrait, en dernière minute, de deux candidatures à la présidence, il a imposé ses vues et ses choix. Il n’est pas question que le CA soit présidé par un homme qui n’est pas de son sérail. “Le père spirituel” a agi en coulisses pour installer le vide au niveau du scrutin et ainsi faire émerger la solution de “comité provisoire de gestion”, opérant durant trois mois pour expédier les affaires courantes et préparer la prochaine Assemblée Générale Elective. Entretemps, Hamadi Bousbiaâ compte mordicus se déployer pour bombarder son propre candidat à la tête du club.

Le premier responsable de la situation, de désordre et d’opacité, que le club a subi et continue de subir de plein fouet, est son président sortant, Slim Riahi, qui usé et abusé de l’histoire, de l’assise populaire et de l’audience médiatique du CA pour en faire sa rampe de lancement politique et son fer de lance électoral, avec beaucoup de succès d’ailleurs, à en juger par le nombre de député UPL entre l’Assemblée Nationale Constituante (un orphelin député) et l’Assemblée des Représentants du Peuple (16 députés). Slim Riahi a atteint ainsi son objectif politique ultime et le club a accompli sa mission et, à ce titre, a perdu, du moins en partie, son rôle de tremplin politique. Pour preuve : Est-ce fortuit que la descente aux enfers du CA ait commencé quelques mois après les élections, surtout après le titre de champion football en 2015 ?! Est-ce par pur hasard que depuis ledit sacre, Slim Riahi n’a cessé d’annoncer sa démission, puis d’y renoncer, de démissionner, puis revenir sur sa décision, de faire part de sa disposition à remettre le relais à un autre président et de demander la tenue d’une Assemblée Générale Elective. La coïncidence, comme le paradoxe, est bien plus que saisissante.

Slim Riahi a certes claqué aujourd’hui la porte, de son plein gré à priori, non parce qu’il est arrivé au bout du rouleau, mais tout simplement parce que le club n’a plus d’intérêt à ses yeux, l’ayant écrémé à fondet épuisé jusqu’à la corde, mais quel héritage il a laissé ?! Le constat est tout aussi incisif que grave : Il a légué un club déstructuré, endetté jusqu’au cou, insolvable, traqué de partout. Avant de partir, il a coulé toutes les sections. Outre le football, les sections Handball et Basket-ball, qui étaient, il n’y a même pas deux ans, sur le toit sportif de la Tunisie, ont été dépouillées de leurs meilleurs éléments, partis exercer leur talent ailleurs sans que le club n’en touche un sou même rouillé. La section jeunes, livrée à elle-même, a sombré pieds et mains liés. L’infrastructure, qui entre l’arrivée et le départ de Slim Riahi, a accusé un net délabrement. Le Parc A, le cœur battant du club et son centre de sociabilité, n’est plus qu’un enclos en ruine.

En confisquant les rênes du club lors de l’Assemblée Générale Elective (dont les inconditionnels clubistes connaissent les tristes péripéties), SlimRiahi, faisant feu de tout bois, n’a pas tari de promesses et d’engagements, ne ratant aucune occasion pour annoncer monts et merveilles : Un nouveau camp d’entrainement pour l’équipe senior football, il en a même posé la pierre inaugurale, un hôtel pour le centre de formation, un établissement scolaire pour les enfants du club, un support de communication (journal, radio, télévision), une piscine dédiée à la section clubiste, un bus (le bus actuel n’est pas propriété du CA mais de sa femme)… Bref, tout autant de projets annoncés à grandes pompes et à grands coups médiatiques, maintenant laissés lettres mortes.

Depuis son élection, jouant sur son poids financier et miroitant un avenir scintillant, il n’arrêtait pas de brailler qu’il est un homme de projet, l’homme de la situation, qu’il a un projet pour le CA. Pour avoir tous les atouts en main, du moins de son avis, et conférer toutes les conditions de réussite à son programme, si d’aventure programme il y avait, Slim Riahi s’était démené pour écarter toutes les compétences clubistes, notamment ceux qui ont fait leur preuve, pour s’entourer d’une bande de bras cassés, de seconds couteaux et d’homme de main ou de paille, pour avoir les voies et les mains totalement libres et pour mener, à sa façon et selon ses humeurs et ses intérêts, son projet, qui, les jours et les échecs l’ont prouvé, n’a été qu’un écran de fumée, au mieux une vue de l’esprit.

Tout compte fait, et en dernière analyse, il s’est avéré que son seul projet tangible et vérifiable était d’articuler son agenda politique autour des piliers de l’édifice clubiste avant de réduire, d’un trait, le temple en cendres. A certains égards, et dans une large mesure, il a réussi son coup haut la main. Slim Riahi a vendu du vent pour finir par brasser l’air.

Même dans ses déboires politiques et dans ses contentieux financiers, Slim Riahi a continué d’utiliser le CA comme rempart. De même de la part de ses adversaires ont, qui, de leur part, pour abattre ce dernier, lui brise l’élan et les reins, a mis le club au centre de la bataille, usant du levier sportif comme couperet politique, avec la complaisance sinon la complicité de quelques ministères et d’une FTF transformée en fonds de commerce politique. les fines gâchettes de la cabale politico-sportive ont croisé leurs tirs sur le club, et dont la FTF est “la stripteaseuse du roi” et Slim Riahi la cible finale. Ce dernier en était parait-il conscient, ce qui explique peut-être sa décision, il y a quelque temps, de se mettre en retrait et de confier, de façon temporaire, la présidence du Club Africain à un comité restreint. Entre le chantage exercé par Slim Riahi, pour mettre en otage le club et les tacles par derrière et les piques commandités, commis par l’instance fédérale, Wadii Jarii en première ligne, le Club Africain a été tiraillé entre le politique et le sportif et lynché de partout, y compris, sans s’en rendre compte, d’une partie, certes minime mais non moins tumultueuse et préjudiciable, de son large public.

 

Un gâchis monstre !!

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